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  • Fabien GARDIN

Pourquoi les discussions en visioconférence sont si épuisantes

Auteur de l'article original : Ingrid Vergara le 23 Avril 2020 (Le Figaro - Bourse et Placements)



Suite au confinement engendré par la crise sanitaire du COVID-19, durant lequel les rendez-vous, réunions, formations, ..., se sont essentiellement organisés en visio-conférence sur des plates-formes telles que zoom, teams, whereby, skype, ... la phase du bilan a débuté.


Dans l'article d'Ingrid Vergara, il y a un passage qui m'a particulièrement interpellé :

" Un autre aspect, souligné par d’autres chercheurs en psychologie, serait davantage lié à la période extraordinaire du confinement: les mêmes outils sont utilisés dans le même endroit (son chez-soi) pour des usages aussi divers que le travail, l’enseignement et les loisirs. Alors que «dans la vraie vie», l’esprit humain a besoin de compartimenter ces différents rôles sociaux." Il y a certes un côté sympathique dans cette expérience, durant laquelle nous prenons d'abord plaisir à expérimenter - confortablement installé(e) chez soi - la possibilité d'oeuvrer à distance et gérer ce qu'en temps normal nous perdons du temps à nous déplacer. C'est l'occasion également de tester de nouveaux vecteurs d'échanges et collaboration : les outils digitaux. Mais n'est-ce pas un leur, car au final, c'est bel et bien une prison dorée dans laquelle nous nous mettons volontairement, et au delà de laquelle nous mesurons et subissons les limites, dans nos désirs, nos envies, notre survie sociale et psychologique, notre propre écologie. L'humain a besoin de contact physique, d'apprécier chez soi et chez l'autre le mouvement du corps ; pour se mouvoir, s'ancrer, communiquer, exprimer, transmettre ses émotions et son énergie, ...

Le "distanciel" est donc un outil au service de la pédagogie et de l'humain, et non l'inverse ! Le présentiel est INDISPENSABLE, le blended learning une opportunité !


Pour revenir sur l'article d'Ingrid Vergara :

Comment expliquer cette ‘zoom fatigue’, en dépit de l’utilité incontestée de ces outils dans notre vie professionnelle, sociale et personnelle?


L’absence de langage du corps

Les facteurs sont multiples et de différents ordres, à la fois liés à des contraintes techniques et des aspects humains. Dans nos échanges naturels, nous avons tendance à oublier que toute une dimension non-verbale est en jeu, que le langage de notre corps participe activement à notre façon de communiquer. Or, sans que nous en soyons conscients, cette dimension s’efface avec l’outil de visioconférence.


Ainsi, il est impossible avec une caméra et un écran de regarder son (ou ses) interlocuteur(s) dans les yeux, comme le fait remarquer le philosophe, L.M Sacasas, auteur de la newsletter The Convivial Society: «Si vous regardez quelqu’un d’autre droit dans les yeux, vous lui apparaissez comme si vous ne le regardiez pas correctement. Pour y parvenir, vous devez regarder le côté droit de la caméra».

De même, les expressions du visage qui valident certaines intentions sont plus difficilement identifiables, surtout quand la multiplication des interlocuteurs dans un même écran réduit la taille de son visage à celle d’un timbre-poste. «Nos esprits sont ensemble mais nos corps sentent que nous ne le sommes pas. Cette dissonance, qui fait que les gens ont des sentiments contradictoires, est épuisante. Vous ne pouvez pas vous détendre naturellement dans la conversation», estime Gianpiero Petriglieri, professeur associé à l’Insead, interrogé par la BBC. Autre facteur perturbant: se voir à l’écran pendant la discussion avec les autres contraint son esprit à se demander quelle posture adopter ou se concentrer sur ses propres expressions du visage, perturbant là aussi le naturel de l’échange.


Malgré l’amélioration des outils et de la connectivité, le décalage de son dérange aussi l’esprit, introduisant soit une superposition des conversations, soit un silence, potentiellement générateur de malaise. En 2014, un article dans la revue scientifique International Journal of Human-Computer Studies, qui se concentrait à l’époque sur l’échange par smartphone, avait déjà mis en évidence les effets pervers sur notre perception d’un décalage supérieur à 1,2 seconde. «La première expérience montre que les interlocuteurs sont perçus comme étant moins attentifs lorsqu’ils conversent dans un cadre à trois avec des conditions de retard symétriques et asymétriques», écrivaient les trois chercheurs Katrin Schoenenberg, Alexander Raake et Judith Koeppe.


Inconfort global de l’expérience

Il faut aussi mentionner d’autres éléments purement techniques comme les images qui se figent, les notifications indiquant un problème de connexion ou une reconnexion, qui viennent perturber la concentration et le naturel de l’échange. S’y ajoute enfin le fait de devoir ne pas trop bouger devant son écran, de rester assis pas toujours confortablement pour être dans le cadre et rester les yeux rivés sur un écran pendant une longue période. Autant de contraintes qui ajoutent à l’inconfort global de l’expérience quand elle se multiplie trop souvent.

Un autre aspect, souligné par d’autres chercheurs en psychologie, serait davantage lié à la période extraordinaire du confinement: les mêmes outils sont utilisés dans le même endroit (son chez-soi) pour des usages aussi divers que le travail, l’enseignement et les loisirs. Alors que «dans la vraie vie», l’esprit humain a besoin de compartimenter ces différents rôles sociaux.

Ajouter à cela une surcouche générale de fatigue induite par les conditions générales et extraordinaires du confinement: le manque d’exercice physique, le sommeil perturbé, etc. et vous comprendrez mieux pourquoi l’expérience est si consommatrice d’énergie... Des tutoriels regorgent de conseils pour diminuer cette fatigue, qui tournent autour de deux grands principes du bon sens: éviter d’enchaîner trop de visioconférences et leur préférer une conversation téléphonique quand c’est possible. En attendant le déconfinement...

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